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Tourisme Loire-Atlantique

À Saint-Vincent-sur-l’Isle, 32 potiers font entendre les émaux qui chantent

Nine Crozet, journaliste tourisme Loire-Atlantique
Par Nine Crozet Publié le 29 juin 2026 · 6 min de lecture
À Saint-Vincent-sur-l’Isle, 32 potiers font entendre les émaux qui chantent

32 potiers et céramistes étaient attendus les 6 et 7 juin dans le jardin de la maison communale. À Saint-Vincent-sur-l’Isle, ce rendez-vous montre que la poterie prend de la place dans le village. Elle prend aussi de la place dans les mains, et jusque dans le calendrier local.

Une figure du coin, Nelly Rojon, installée dans la commune et potière depuis presque 20 ans, le montre bien. Depuis quatre ans, à quelques jours près, elle participe à ce marché de début juin. En parallèle, elle fait partie du comité Fêt’Arts avec la cinquantaine d’autres bénévoles.

C’est un rendez-vous porté de l’intérieur.

Début juin, la commune se règle sur un marché qui a trouvé sa place

La maire, Annie Altier, le résume avec des mots simples : « C’est un rendez-vous convivial, populaire et coloré, qui anime la commune et commence à être connu ». On parle d’un marché qui fait bouger un village, pas d’une machine géante.

Et pourtant, le chiffre parle. 32 exposants, présents de 10 h à 19 h, cela donne une vraie densité à un bourg le temps de deux jours. Ce rendez-vous tient parce qu’il repose sur une présence forte, continue, lisible pour le public.

Il y a aussi une sélection. Pour 15 places à renouveler, les organisateurs reçoivent environ 80 dossiers de postulants. Le marché ne grossit pas au hasard.

Il choisit, il trie, il garde une ligne.

Pourquoi ce chiffre de 80 dossiers compte vraiment

Il dit la réputation en train de se construire. Quand un événement reçoit autant de candidatures pour aussi peu de places à reprendre, il ne vit plus seulement de la proximité. Il attire.

Et cette tension-là protège souvent la qualité d’ensemble.

Dans une commune, cela change beaucoup de choses. Le visiteur voit des stands. Les bénévoles, eux, tiennent une organisation.

Elle doit rester cohérente d’une année sur l’autre.

Une potière du village, des routes du Sud-Ouest, et un travail pensé pour l’usage

Depuis le mois d’avril et jusqu’à septembre, les semaines de la potière sont rythmées par des déplacements. Ils la mènent vers des marchés de potiers programmés dans toute la France. Mais elle précise se rendre uniquement à des marchés du grand Sud-Ouest.

Là encore, le choix raconte une manière de travailler : sans dispersion, sans course partout.

Elle le dit très concrètement : « On charge tout dans le camion et on part pour deux jours. » La logique du métier apparaît presque sans qu’on ait besoin d’en rajouter. Il faut produire, charger, tenir la route, installer, vendre, puis repartir.

Dans le camion, il y a des bols, des tasses, des pichets, des saladiers, des coupes, des entonnoirs à confiture, des plaquettes, des coupelles. Elle fait aussi « des vases ». Mais elle dit surtout : « j’ai toujours souhaité faire de l’utilitaire.

Fabriquer une poterie qui était accessible à tout le monde. »

Cette phrase tranche. La poterie qui dure dans un marché local est souvent celle qui entre dans la vie des gens. Vous pouvez admirer une pièce, mais vous revenez plus facilement vers un objet que vous utilisez.

Des pièces utiles, ce n’est pas un détail de catalogue

Le mot « utilitaire » remet l’objet à sa bonne place. Un bol, une tasse ou un saladier ne sont pas des prétextes : ce sont des formes qui accompagnent les repas, les cuisines, les habitudes. Dans un marché comme celui-ci, cette orientation rend le travail plus proche du public.

Et elle colle bien à l’esprit décrit par la maire : populaire, coloré, convivial. Il n’est pas nécessaire d’entrer dans un vocabulaire d’atelier pour comprendre l’enjeu. Il suffit de regarder à quoi servent les pièces.

Depuis l’automne dernier, le passage aux émaux ouvre un autre chapitre

La potière travaille le grès « depuis toujours ». Mais elle a aussi bougé dans sa pratique : elle dit être passée « à l’hiver dernier de l’estampage à l’émail ». Elle précise aussi : « je me suis mise à travailler les émaux depuis l’automne dernier ».

Pour un marché de début juin, ce changement donne une lecture très concrète du moment.

Ce n’est pas un geste figé depuis des années. Il y a une continuité, avec le grès, et une bifurcation récente, avec l’émail. Si vous aimez voir ce qu’un marché raconte d’un métier, c’est là que cela devient vivant : les stands montrent des objets finis et un travail en train d’évoluer.

Le titre du rendez-vous prend alors un relief particulier. Dans ce village, les potiers viennent exposer des formes connues, et l’une des artisanes du lieu arrive aussi avec une recherche engagée depuis l’automne dernier. C’est modeste, mais c’est le vrai sel d’un marché de potiers : des gestes continuent de bouger.

Modelage, raku, bénévoles : ce marché aligne des stands et propose aussi autre chose

Deux artisans devaient animer les deux jours avec du modelage pour petits et grands et un atelier de raku. Nelly Rojon l’expliquait simplement : « Les participants pourront venir récupérer leurs pièces une fois qu’elles seront cuites. » Le marché va donc au-delà de la seule démonstration.

La place du visiteur change. On ne passe plus d’une table à l’autre : on met la main à la matière, puis on attend la cuisson. Ce petit déplacement est précieux, car il fait sortir la poterie du regard pur pour la ramener vers le faire.

Et derrière, il y a le collectif. Le comité Fêt’Arts réunit la potière avec la cinquantaine d’autres bénévoles. Un marché comme celui-ci tient parce qu’il y a des artisans, bien sûr.

Mais il tient aussi parce qu’il y a un village qui accepte de porter la charge d’un rendez-vous régulier.

C’est sans doute ce qui reste le plus parlant à Saint-Vincent-sur-l’Isle. Début juin, on y fait circuler la poterie entre un jardin communal, des bénévoles, des ateliers, des pièces à récupérer plus tard et une artisanne. Presque vingt ans après ses débuts, elle continue encore de déplacer sa pratique.

Voilà pourquoi ce marché laisse une trace plus longue que ses deux jours.

Nine Crozet, journaliste tourisme Loire-Atlantique

Par Nine Crozet

Nine Crozet est journaliste spécialisée dans le tourisme et le terroir. Elle sillonne la Loire-Atlantique depuis plus de dix ans : marchés de producteurs, vignobles du Muscadet, balades en bord de Loire et tables nantaises. Elle déniche les bonnes adresses loin des sentiers battus et teste elle-même hébergements, recettes et itinéraires avant d'en parler. Son objectif : donner des conseils concrets et vérifiés pour découvrir la région autrement, au rythme des saisons et des rencontres.

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