Kerwan allume la lumière du compartiment avant le premier arrêt. Chef de bord à la SNCF, il connaît ce trajet par cœur. Mais ce qui le surprend encore, trois ans après avoir endossé la tenue bleue, c’est le décalage. Même corps, même service public, deux uniformes.
« Servir la population, c’est un choix que je ne regrette pas du tout », dit-il. Entre ses deux activités, il partage « le sens du service public » et « le contact avec les gens et la gestion, parfois, de situations perturbées ». Le lien n’est pas évident à première vue. Pourtant, il tient.
324 ou 325 ? Peu importe, le résultat est là
En Dordogne, les réservistes de la gendarmerie comptent par centaines. La différence d’un chiffre entre deux sources, 324 ou 325, dit assez l’approximation du terrain. Ce qui compte, c’est l’impact. Plus de la moitié des 20 000 contrôles réalisés en 2025 l’ont été par des réservistes. Vous lisez bien : la moitié du travail de contrôle, assurée par des civils qui endossent la tenue à temps partiel.
Depuis janvier 2025, un groupe local de contrôle des flux existe. « Uniquement armé de réservistes », précise le dispositif. Il est passé de 15 à 20 personnes, avec cinq recrutements récents. Le chef d’escadron de réserve, Jean-Claude Derrudder, pilote cette montée en puissance. On compare souvent le foot parisien au rural… mais le premier….
« Quand vous avez déjà goûté à la gendarmerie, forcément vous y revenez »
David est de ceux qui reviennent. Il a quitté la gendarmerie en 1993. Il est de nouveau en tenue, tout en travaillant à la direction interdépartementale des routes. « C’est une obligation », dit-il. Pas morale, vitale, presque physique. Le goût de ce métier ne s’efface pas.
- ✓Kerwan : chef de bord SNCF et gendarme réserviste
- ✓La convention SNCF-Armées libère du temps pour servir
- ✓Profils variés : URSSAF, ingénieurs, comptables, étudiants
- ✓Groupe de contrôle des flux : 100% réservistes, passé de 15 à 20
- ✓Dépendance structurelle : la gendarmerie ne tient pas ses objectifs sans eux
Je l’avoue, cette formulation m’a fait hésiter. « Obligation » sonne dur. Mais c’est précisément ce que David veut dire. Pas de romantisme. Une nécessité intérieure, comme on retourne à une langue qu’on a parlée enfant. 35 °C en fin de mai : quand la chaleur d’août s’est invitée au….
Les profils éclatent les clichés. Le lieutenant de réserve Jean-Christophe détaille : URSSAF, responsables comptables, ingénieurs, droit, étudiants. Des gens qui tiennent des dossiers le jour, des routes ou des wagons, et qui, sur leur temps libre, passent des tests médicaux et des évaluations pour porter le gilet pare-balles.
La convention qui libère du temps
Le mécanisme repose sur un accord concret. Une convention signée entre la SNCF et le ministère des Armées permet d’être libérable plusieurs jours dans l’année pour servir en gendarmerie. C’est cette clause, négociée au niveau national, qui fait tenir le double emploi de Kerwan. Sans elle, l’engagement serait impossible, ou au prix du congé sans solde.
Le processus reste sélectif. Candidature auprès d’un groupement de gendarmerie, tests, visite médicale d’aptitude. On ne devient pas réserviste par sympathie. On le devient parce qu’un employeur accepte de vous prêter, et que votre corps tient le coup. “Arrachés, transportés comme des esclaves” : à Creysse, le mur où….
Là où ça coince, c’est le temps long
Cinq recrutements en quelques mois, c’est encourageant. Mais le groupe de contrôle des flux reste à 20 personnes pour un département entier. La moitié des 20 000 contrôles, c’est aussi le signe d’une dépendance. Sans ces réservistes, la gendarmerie de la Dordogne ne tient pas ses objectifs. La question n’est pas de savoir si le dispositif marche, il marche. C’est de savoir jusqu’où on peut le tendre avant qu’il ne craque.
Kerwan, pour sa part, a trouvé son équilibre. « C’est un engagement concret pour effectivement pouvoir apporter un petit peu sa pierre à l’édifice et servir la population », dit-il. La pierre à l’édifice. L’expression est usée, mais dans sa bouche elle reprend du sens. Il parle de deux édifices, en fait. Celui des trains qui doivent rouler. Celui d’une force de l’ordre qui doit tenir.
Entre les deux, il y a des hommes et des femmes qui comptent leurs jours de disponibilité, qui négocient avec leur employeur, qui repassent leur tenue le soir. Ils ne sont ni tout à fait civils ni tout à fait militaires. Juste présents, quand on a besoin d’eux.
Nine Crozet est journaliste spécialisée dans le tourisme et le terroir. Elle sillonne la Loire-Atlantique depuis plus de dix ans : marchés de producteurs, vignobles du Muscadet, balades en bord de Loire et tables nantaises. Elle déniche les bonnes adresses loin des sentiers battus et teste elle-même hébergements, recettes et itinéraires avant d’en parler. Son objectif : donner des conseils concrets et vérifiés pour découvrir la région autrement, au rythme des saisons et des rencontres.




