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Tourisme Loire-Atlantique

“On va devoir prendre la voiture pour un pansement” : à Sarlat, la désertification pharmaceutique s’accélère

Nine Crozet, journaliste tourisme Loire-Atlantique
Par Nine Crozet Publié le 17 juin 2026 · 4 min de lecture
On va devoir prendre la voiture pour un pansement

Deux pharmacies sur cinq. C’est le compte que font les habitants de Sarlat depuis que la rumeur s’est faite certitude. La Pharmacie La Boétie, rue de la République, va baisser le rideau.

Il ne restera bientôt plus aucune officine dans le centre historique de cette ville pourtant classée.

On aura beau se répéter que c’est le marché, que personne n’interdit à un pharmacien de déménager tant qu’il respecte les critères légaux de densité et de distance. Ça ne change pas le coup porté. Les pharmacies qui tiendront encore seront en entrée de ville ou en zones commerciales.

Pour un pansement, une fièvre de l’enfant, un renouvellement d’ordonnance, il faudra prendre la voiture. Il existe plusieurs pharmacies à Sarlat-la-Canéda : au moins une en centre-ville (rue de la République, pharmacie « La Boétie »), et deux en périphérie sur les avenues Simone-Veil (Pharmacie Lafayette) et Aristide-Briand (Pharmacie de la Dordogne). Pas à pied, pas en passant par la cathédrale.

« L’intérêt économique, uniquement »

Les repreneurs et les groupes qui rachètent les officines ne se cachent plus. Ils privilégient les emplacements avec gros volumes, parkings, flux de voitures. Le centre ancien de Sarlat, avec ses ruelles pentues et ses places bondées l’été, ne correspond plus à ce modèle.

Moi qui croyais que le charme du patrimoine pesait dans la balance, je me trompais. La pierre dorée ne paie pas les factures.

La rémunération sur les médicaments remboursés est verrouillée par la Sécurité sociale. Les marges sont faibles. Quand on vend principalement ce que la collectivité fixe au prix le plus bas possible, le volume devient la seule variable de survie.

Et le volume, dans le centre de Sarlat, il faut le chercher ailleurs que dans la clientèle des résidents et des touristes de passage.

Vous l’avez peut-être remarqué dans votre propre ville : la pharmacie du bourg qui ferme, celle de la zone commerciale qui s’agrandit. Ce n’est pas un hasard de calendrier. C’est une mécanique qui s’accélère.

Le chemin de traverse

En France, on compte environ une fermeture de pharmacie par jour. Ce chiffre, il faut le tenir à l’esprit quand on regarde Sarlat. Ce n’est pas un malheur local, une mauvaise gestion, un propriétaire défaillant.

C’est un système qui pousse dans une seule direction. Les critères légaux, densité de population, distances entre officines, sont respectés. Personne ne peut bloquer le départ.

Il n’y a pas de dispositif fort pour empêcher un pharmacien de plier bagage vers la périphérie.

Le centre-ville perd donc un service qu’on croyait ancré. Pas un luxe. Une fonction de base du quotidien.

Le mot de l’habitant

« On va devoir prendre la voiture pour un pansement. » C’est ce que j’entends depuis des semaines, dans les conversations, à la sortie des commerces. Pas de nom précis à citer, pas de porte-parole désigné.

Juste cette phrase qui revient, comme un constat partagé. Le genre de phrase qu’on murmure avant de la crier.

Ce que personne ne vous dira à l’office du tourisme

Les pharmacies ne seront pas plus accessibles en hiver. La clientèle âgée de Sarlat, celle qui habite le centre depuis quarante ans, n’a pas forcément le permis ou la volonté de conduire pour un simple renouvellement. Et les critères légaux qui autorisent la fermeture ne prennent pas en compte la topographie réelle d’une ville ancienne, ses escaliers, ses pentes, ses impasses.

On parle beaucoup de la désertification médicale rurale. De la fermeture des cabinets en zone blanche. Sarlat n’est pas une zone blanche.

C’est une ville touristique, dynamique, avec des festivals et des restaurants étoilés. Si même ici le commerce de proximité s’effondre, qu’attendre des bourgs plus petits, moins médiatisés ?

La question qui reste

Le modèle économique de la pharmacie d’officine est ce qu’il est. On ne demande pas aux pharmaciens de faire de la philanthropie. Mais il y a un moment où la logique du volume, du parking, du flux automobile, produit des villes que personne ne peut plus habiter sans voiture.

Même pour le plus élémentaire. Et si le centre de Sarlat n’a plus de pharmacie, c’est peut-être le signe que le centre de Sarlat n’est plus vraiment habité. Juste visité.

Photographié. Laissé derrière soi, comme on laisse un musée.

La Pharmacie La Boétie ferme. Les autres tiennent, ailleurs. Il restera les pierres, les toits, les ruelles.

Et la voiture, obligatoire, pour aller chercher ce qu’on ne trouve plus au coin de la rue.

Nine Crozet, journaliste tourisme Loire-Atlantique

Par Nine Crozet

Nine Crozet est journaliste spécialisée dans le tourisme et le terroir. Elle sillonne la Loire-Atlantique depuis plus de dix ans : marchés de producteurs, vignobles du Muscadet, balades en bord de Loire et tables nantaises. Elle déniche les bonnes adresses loin des sentiers battus et teste elle-même hébergements, recettes et itinéraires avant d'en parler. Son objectif : donner des conseils concrets et vérifiés pour découvrir la région autrement, au rythme des saisons et des rencontres.

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